Prix Edmée de La Rochefoucauld 2026 - Comme une lanterne sur les ruines de Cécile Schouler

PRIX Edmée de La Rochefoucauld - Comme une lanterne sur les ruines

Cécile Schouler est lauréate du Prix Edmée de La Rochefoucauld 2026 pour son premier roman Comme une lanterne sur les ruines

PRIX MÉDICIS ESSAI - Sélection 2025 Vous lisez PRIX Edmée de La Rochefoucauld - Comme une lanterne sur les ruines 6 minutes

Cécile Schouler a été récompensée par le Prix Edmée de La Rochefoucauld pour son premier roman, Comme une lanterne sur les ruines. La cérémonie s'est déroulée jeudi 05 février 2026, au Cercle de l’Union Interallié. 

Créé en 2000, le Prix Edmée-de-La-Rochefoucauld récompense chaque année un.e écrivain.e pour son premier roman. Il porte le nom de la duchesse Edmée de La Rochefoucauld qui fut pendant des années la présidente du jury du prix Femina et autrice d'essais littéraires sous le pseudonyme de Gilbert Mauge.

Dans Comme une lanterne sur les ruines, Cécile Schouler nous livre l’histoire bouleversante de deux jeunes adolescents. Avec ce roman d’une terrible beauté, Cécile Schouler nous offre une lecture incandescente qui aborde des sujets durs (la rue, la marginalité, la prostitution, la drogue) n’omettant rien d’une réalité nue, brutale et ambivalente, illuminée par des instants d’amour, de poésie et d’humanité.

Lors de la cérémonie, Cécile Schouler a livré un discours très émouvant, et le public a pu entendre quelques mots de Sébastien, ce jeune homme qu’elle a rencontré dans la rue, elle n’avait que 13 ans. 

Discours de Cécile Schouler lors de la remise du prix Edmée de La Rochefoucauld 2026

“Recevoir ce prix est un immense plaisir. Dans le cadre d'un 1er roman, c'est aussi une forme de reconnaissance particulière : une légitimité offerte — en tout cas, prêtée — qui donne le sentiment de ne pas être trop loin de l'endroit où on cherche à être.

"Un 1er roman est comme toutes les premières fois : une chose fragile, maladroite, dictée souvent par l'urgence et l'émotion. C'est à la fois une promesse qu'on se fait à soi-même, et qu'on essaie de tenir. Ici, la promesse était double. Elle concernait la personne que vous avez devant vous ce soir, et celle qu'elle était il y a plus de 30 ans. Celle du livre.

[...] 

"Lors d'un échange en librairie cet automne, un monsieur, ancien professeur de lettres, a longuement pointé du doigt mon goût pour les verbes dits simples. Ce n'était pas un compliment. Quand j'ai commencé à écrire, j'avais moi-même tendance à voir cette simplicité comme une facilité. J'usais de beaucoup de métaphores, de paraphrases, d'adjectifs. J'accumulais, je brodais. Je pensais donner au texte plus d'épaisseur. Je pensais faire de la littérature d'adulte. Jusqu'au jour où mon éditeur m'a demandé de couper au contraire, de faire confiance à mon texte. Là, il y a eu un déclic.

"Je ne vais pas me comparer à Prévert évidemment, même s'il est important dans ce livre, dans ma vie tout court, mais je vais le prendre pour exemple. Dans La grasse matinée, il écrit cette phrase : « Il est terrible le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain »

"Tout est là. La misère, la résignation, la colère. Tout est là et pourtant il n'y a presque rien. Un verbe simple. Une image simple. Ce n'est pas littéraire. C'est inévitable. J'aime l'idée que les mots, au-delà de toute valeur esthétique ou questionnement d'ego, ont parfois une nécessité qui nous dépasse. C'est cette nécessité que j'ai cherchée dans l’écriture de Comme une lanterne sur les ruines.

"Je ne pensais pas être éditée un jour. Pour moi, l'écriture était réservée à une certaine élite. Je ne parle pas d'une élite intellectuelle, mais d'une élite de légitimité. Je pensais que pour écrire — prétendre écrire — il fallait avoir déjà trouvé sa place, ses mots, et parler depuis là. À présent, je crois exactement l'inverse.

"J'ai appris à lire avant de comprendre quoi que ce soit. Artaud. Char. Cioran. Prévert, bien sûr. Ce sont ces langues, que nous avons tous en commun, qui ont donné vie et matière à une réalité que je ne faisais qu'effleurer. J'ai appris à écrire de la même manière : dans le noir. [...] L'écriture a ce pouvoir de détourner de l'attendu, de dévier de la réalité, pour aller directement à la vérité de chacun.

"La vérité de ce livre s'appelle Sébastien. Il est le cœur battant de ce roman. Un cœur que je m'étais promis de mettre à nu un jour. Pas avec l'idée de témoigner ou de militer. Mais pour lui faire une place. Porter ce qu'il m'a transmis. 

"Sébastien écrivait. Beaucoup. Partout. C'est lui qui m'a appris. Il écrivait pour tenir. Il ne cherchait pas à faire de la littérature : l'écriture était son abri, son souffle. Cette maison éventrée, je veux l'habiter encore, en donner les clés. Parce qu'il me semble que ce qu'il écrivait, pensait, ressentait, parle encore.

"J'aimerais terminer en vous lisant un de ses textes, si vous le permettez. Et je crois qu'il dit mieux que moi ce que l'écriture représentait pour lui, pour nous : 

« J'écris parce que je n'ai pas les moyens du reste. J'écris tout le temps parce que j'en ai. Dans ma tête, ça ne s'arrête jamais. Ça grandit. Ça doit être la puberté. C'est là quand je marche, quand je dors, quand je pisse. Je ne sais pas pourquoi j'écris "pisse". Je ne sais pas si je le pense. Qui j'espère heurter. Personne ne lira jamais. C'est idiot d'écrire. Je fais semblant de ne pas savoir, mais je sais. J'écris mieux quand je suis dans ma tête. Le papier, ça enferme. L'encre, ça délimite. Il faudrait diluer, tout en restant la tête hors de l'eau. Mais dans ma tête, ça glougloute déjà. C'est ma voix. Ce qu'il en reste. Je ne sais plus quel son a ma voix. Je ne parle à personne. Je me parle à moi. J'écris. Je ne veux pas partir sans savoir qui je suis. Pas sans rien perdre. Je veux exister. Même ici. Juste ici. Dans l'espace vide entre les mots. Une langue sans organe, un dire sans geste, un soi sans garrot »"

Tous nos remerciements aux membres du jury qui nous ont fait l'honneur de cette récompense. Merci !  

Couverture Livre - Nous serons un jour d'été - Cécile Schouler et Sébastien

Et l'histoire entremêlé de Cécile et de Sébastien ne s'arrête pas là. Elle se poursuit dans un nouvel ouvrage, à paraître en avril 2026 : Nous serons un jour d'été.

Avec une pudeur et une poésie phénoménale, nos deux auteurs réinventent ensemble le mythe d’Orphée.

Dans la continuité de Comme une lanterne sur les ruines, ce nouveau récit à quatre mains est un dialogue au-delà de la mort entre un jeune poète exceptionnel, et une femme qui traverse l’enfer pour saisir, au bout du tunnel, un matin d’été qui a enfin la gueule de l’espoir.